lundi 11 mai 2020

StopCovid

Pendant le confinement un Français et son équipe installés dans la Silicon Valley ont développé une appli stopcovid open source ( Coalition ) et un protocole respectant le RGPD et son équivalent californien. Ça marche par bluetooth et change les ID toutes les heures, ne les stocke que sur le téléphone que pendant 14 jours. Si une personne présente les symptômes COVID 19 elle le déclare sur son application et une notification anonyme est alors envoyée à toute la chaîne des contacts anonymisés stockés sur le téléphone. Depuis, la municipalité de Berkeley l'a adoptée. Elle est fonctionnelle en France et ne fait appel à aucune centralisation étatique. Elle fonctionne à l'échelle familiale et communautaire partout sur la Planète par design. 
Ce qui est intéressant c'est que ces derniers jours il a été recruté par le gouvernement pour travailler à StopCovid sous l'égide de l'Inria et c'est lui qui apporte la brique bluetooth. 

Sauf que StopCovid est centralisé et qu'il devra être croisé avec les fichiers de l'assurance-maladie pour permettre le contact training des fameuses brigades de tracing contact ont créé et qui démarrent demain. 

Pour info si Coalition a été si rapidement développé c'est que ça reprend le noyau d'une application issue de la même société, Nodle, créé pour les activistes de Hong Kong ( une application qui permettait aux manifestants d'échanger via bluetooth car l'internet est totalement surveillé en Chine ).
 Le développeur français, installé aujourd'hui à San Francisco, avait alors développé FireChat, une application qui permettait aux gens de communiquer en l'absence d'Internet en s'appuyant notamment sur le Bluetooth. Lancée à l'origine pour le festival de Burning Man dans le désert du Nevada, l'application a été massivement adoptée par les participants aux manifestations prodémocratie

Alors surtout n'hésitons pas à tester cet applicatif, elle ne fonctionne qu'à proportion du nombre de téléchargements ! 

Pour télécharger sur le playstore 




mercredi 6 mai 2020

« Non à un retour à la normale » : de Robert De Niro à Juliette Binoche, l’appel de 200 artistes et scientifiques

Extrait :

"Point de rupture

Le consumérisme nous a conduits à nier la vie en elle-même : celle des végétaux, celle des animaux et celle d’un grand nombre d’humains. La pollution, le réchauffement et la destruction des espaces naturels mènent le monde à un point de rupture.

Pour ces raisons, jointes aux inégalités sociales toujours croissantes, il nous semble inenvisageable de « revenir à la normale ».

La transformation radicale qui s’impose – à tous les niveaux – exige audace et courage. Elle n’aura pas lieu sans un engagement massif et déterminé. A quand les actes ? C’est une question de survie, autant que de dignité et de cohérence. " ( Tribune du monde, le 6 Mai 2020, https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/06/non-a-un-retour-a-la-normale-de-robert-de-niro-a-juliette-binoche-de-joaquin-phoenix-a-angele-l-appel-de-200-artistes-et-scientifiques_6038775_3232.html )

Ah les belles âmes ! De Madonna à Robert de Niro, on se pince ! Après avoir conquis la planète par leur mode de vie( imagine-t-on l'empreinte carbone de Madonna et de ses concerts, près de 40 ans de carrière, une vie Los Angeles, puis New York, Londres, Lisbonne ), on ferait la leçon à un un pauvre étudiant qui voudrait simplement découvrir un peu du pays en low cost, on s'offusque de la consommation vulgaire des manants à laquelle on souhaite mettre fin par l'austérité ( joyeuse ? ) d'office ... Sainte indignation depuis sa villa de confiné.e, 30 millions de chômeurs aux Etats Unis ( 20 % de la population active ), mais comme seul cri du cœur cette tribune, non au retour à la normale !

Bien sûr, la société de consommation ne rend pas justice aux aspirations humaines profondes, et il y a eu des voix pour crier dans le désert pendant des décennies pour désigner des vies plus dignes, plus sereines, plus spirituelles, mais surtout ... plus humbles, et plus obscures. Et on n'en voit point le nom dans cette tribune opportuniste des éternels donneurs de leçon ...

Alors de grâce, cette fois-ci, taisez-vous ! Oui, simplement, fermez-la !











mardi 27 février 2018

Aliénation

"La vie intérieure de l'homme de masse, aliéné et nivelé au sens existentiel, n'est que l'acceptation morne et routinière d'idées communément reçues que les mass média ne cessent d'entretenir comme un rêve collectif"


Thomas Merton

Idéologie

« L’idéologie est un système d’explication de la vie et du monde qui se flatte de rendre compte de tout événement passé ou futur sans faire autrement référence à l’expérience réelle. »

( Hannah Arendt )


jeudi 26 octobre 2017

Psalm Isadora ( Diary, extract )

ST MARIE DE LA MER May 24, 2011


sometimes the burning is so intense
the travel wears me down and makes me emotional
so does drinking cheap liquor from strangers bottles and dancing barefoot in the streets with glass in my feet til 1, 2, 3am
so does traveling a woman alone not sure where i am sleeping every night
i hunt myself
i hunt my heart
i hunt my longing
i turn away the water so i can stay thirsty and use the thirst to hunt the root of my thirst
last night i followed a group of italian hippes and slept on the beach with blankets lent to me by a man and woman who came to me and asked for kali's blessing
this world is so many layers of beautiful delusion
the veils wear thin
i am the illusion

i am thirsty, road worn and broken down
i laid down on the sidewalk yesterday until a policeman came to see if i was ok or just another drunken gypsy over the edge
no more pride
i was laying on the sidewalk in pain and bliss
staring at the pink and blue abalone sunset sky
tears streaming down the sides of my face
i felt like i was floating
am i in this world or the next?
L'église





Saintes Maries de la Mer


i pilgrimage to the black madonna
i am writing postcards from france back home to an address i found on the internet when i searched for my own mother
the statue of the mother i pilgrimage to is my own mother that lives inside me
my longing to see her face
i have not seen her for 12 years
they say blood is thicker than water
somewhere between all the confusion, abuse and pain, the pain was thicker than the blood and our caravan of gypsies dispersed
i pilgrimage to my hope that love is stronger than pain
i have not gone inside the church here
i have not seen the black mother's face except in the tourist pamphlets
all the idols were created for us to project our longing onto anyways
the power is in our longing not the statues
they say this mother is covered in many fabrics so only here eyes are showing
oh mother you remain always a mystery to me


Sara la noire ( Sara la Kali )

lundi 28 août 2017

Juste s'asseoir, ici

Matthieu 26-36, juste s'asseoir

36.Là-dessus, Jésus alla avec eux dans un lieu appelé Gethsémani, et il dit aux disciples : Asseyez-vous ici, pendant que je m'éloignerai pour prier. 

A Gethsemani Jésus affronte la nuit de l'esprit. Il pourrait demander à ses disciples de participer à sa prière mais il leur demande de s'asseoir ici et maintenant, comme Bodhidharma face au mur durant 9 années.

 Et il vint vers les disciples, qu'il trouva endormis, et il dit à Pierre : Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi ! 41 Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation; l'esprit est bien disposé, mais la chair est faible. 42 Il s'éloigna une seconde fois, et pria ainsi : Mon Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! 43 Il revint, et les trouva encore endormis; car leurs yeux étaient appesantis. 44 Il les quitta, et, s'éloignant, il pria pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles. 

Leurs paupières sont lourdes et ils manquent de vigilance, le sommeil symbolise ici la distraction, leur incapacité à pratiquer zazen, juste s'asseoir là, ce qui ajoute à la solitude de Jésus. 
Au sommet de la montagne la voie est solitude, et comme dans la parabole des vierges folles et des vierges sages l'Évangile ne parle que de vigilance, de sortir de la léthargie du somnambulisme qui caractérise les humains.

samedi 5 août 2017

Psalm Isadora ( Journal III )

lorsque mon amant touche mon corps, je sens le silence de l'Un remuer en moi,
mon corps se réchauffe comme un charbon brûlant et le serpent commence à se mouvoir
dans les huit chakras à travers ma colonne vertébrale
et je me demande, qui peut résister à un tel incendie ?

tant de mon travail je l'ai accompli dans la solitude
cela m'a coûté cher
et encore, j'ai résisté à un tel feu ,
je n'ai pas dévié vers la gauche ou vers la droite
le feu a brûlé par le centre

j'essaie de te plaire, mon amant
mais cependant, je suis une servante de la Mère
que tu restes ou que tu partes
nous marchons sur le fil du rasoir et ne pouvons jamais savoir,
mon cœur peut être brisé
et Psalm pourrait même mourir si sa force de vie s'échappe par son cœur brisé
mais je serai toujours au service de ma Mère

Je ne suis pas bonne et je ne suis pas mauvaise,
je suis, comme la conscience
se dévorant elle-même


( Psalm Isadora, 18 novembre 2011 )

jeudi 3 août 2017

Psalm Isadora ( Journal II )

Juste pour un autre baiser 


Chicago

J'ai dîné l'autre jour avec un gentleman indien plus âgé que moi. on parlait de yoga, de méditation, de spiritualité. il disait avoir l'espoir d'être réalisé de telle façon qu'il n'aurait pas à revenir sur cette terre.

j'aimerais revenir.
pour un seul baiser.
même si au final ce baiser devait me briser le cœur.

je referais tout cela juste pour la magie d'un baiser.

je ne pense pas que cela soit de l'attachement.
je crois que c'est  par amour de la vie.
après tout, c'est tout ce que je suis sûre d'avoir
au moment présent.
et mon cœur brisé s'ouvre toujours avec tellement de douceur, à vif,
et je goûte mes larmes avec la langue
et me sens tellement vivante
ce sont les fissures de mon cœur qui livrent un passage à l'amour

pour goûter ce qui est doux ou doux-amer
par amour de la rédemption

nous humains marchons là où les anges ont peur de s'aventurer


( Psalm Isadora, 11 avril 2010 )










lundi 31 juillet 2017

Psalm Isadora ( Journal I )

Pas de noms ...


Je n'ai pas de nom quand je disparais pour de fugaces moments dans les bras d'un amant,
Je disparais dans une jouissance aveuglante pour éclipser la douleur.
Plus il y a de plaisir, plus il y a de souffrance.
Je meurs pour renaître.

( Psalm, 28 septembre 2012 )



dimanche 30 juillet 2017

Psalm Isadora

Je voudrais écrire quelques mots sur une personne assez peu connue en France, pour ne pas dire inconnue. Une enseignante de yoga, coach, figure même de shows télévisés aux Etats Unis, en vérité avant tout poète, mystique. Méconnue sous cet aspect. Psalm Isadora.
Née le 16 septembre 1974 sous le signe de la Vierge dans une communauté hippie, un groupe de born-again, à Mendocino en Californie. En bon français il s'agit d'une communauté de renouveau charismatique. Victime d'abus au sein de sa famille son adolescence est une longue descente aux enfers, déscolarisation, drogue, fugues.Mère à 17 ans, elle vit de l'élaboration de produits naturels pour le corps. Mais c'est sa rencontre avec le yoga, à la fin de la vingtaine, qui apporte le changement.

Diagnostiquée bipolaire à 18 ans, souffrant d'anxiété chronique et des traumatismes liés aux abus de l'enfance, le yoga donne enfin un sens à sa vie tout en lui permettant de faire face au challenge de sa pathologie. Commence alors un long chemin de guérison, qui est aussi un authentique chemin spirituel. La rencontre décisive de son guru en Inde, où elle se rend tous les ans, a lieu au Devipuram, l'ashram où vit Sri Amritananda. Elle le reconnaît comme son maître. Il sera son père, il sera sa mère. Dans cet ashram dédié à la Déesse, le Grand Féminin, et aux enseignements tantriques, elle apprend à surmonter la honte liée à la sexualité tout autant que le perfectionnement de son yoga.

Touchée par la misère qu'elle côtoie quotidiennement en Inde elle met en place des missions d'aide, enseigne gratuitement le yoga aux prostituées ( en vérité de véritables esclaves ).

Son maître lui demande d'enseigner. Comme elle le dit elle-même, elle n'est pas venue en Inde en quête d'une culture exotique mais en quête d'elle-même. C'est en Californie, à Los Angeles, qu'elle enseignera, en décapant les pratiques qu'elle transmet de leur gangue exotique pour les incorporer à la culture californienne, révélant par là leur universalité. C'est là un aspect fondamental de sa démarche.

Figure du women empowerment et de la résilience suite aux abus sexuels qu'elle a subi, elle influence directement des milliers d'élèves, bientôt des millions via les réseaux sociaux.

Pourtant les traumatismes sont profonds. Étrangement et à la stupeur de ses élèves elle choisit de quitter ce monde le 26 février 2017 dans sa maison de Los Angeles.

Mais à mon sens c'est son journal, méconnu,  qui reste le plus émouvant, et de loin.

S'y révèlent la profondeur de son questionnement, son amour de la vie tout autant que ses peines, le portrait d'une femme aux prises de conscience extraordinaires, convaincue d'apporter au monde une forme de révolution accompagnée du pressentiment de mourir jeune. On y suit ses pérégrinations en Inde, son amour de la poésie soufi qui la conduit à se présenter sans préavis à un maître turc lors d'une escale à Istanbul au retour d'un de ses voyages en Inde, son amour pour son fils Gabriel en même temps que ses difficultés à lui offrir une vie stable. Son amour meurtri pour ses parents, aussi, auxquels elle ne parlera plus probablement jusqu'à la fin. En 2010 elle fait même un voyage en Europe, au sud de l' Espagne d'abord sur les traces de ses origines Tziganes ( par sa mère ). Elle se rend ensuite aux Saintes Marie de la Mer pour le pèlerinage gitan en l'honneur de Sainte Sara, ou Sara la Kali,  Sara la Noire, forme christianisée de Kali. Son journal en témoigne c'est à sa mère qu'elle pense.

Gitane dans l'âme elle l'était, et elle ne tarde pas à découvrir l'origine indienne des tziganes, et la parenté incontestable qui relie la Vierge Noire à Kali, la Déesse dont elle avait reçu la grâce en Inde.

Psalm veut dire Psaume, et c'est son vrai prénom.

Je mettrai probablement en ligne quelques extraits de son journal, après les avoir traduits.



mercredi 28 juin 2017

Sincérité ( I )



Extrait de Vernon Subutex, de Virginie Despentes



Sincérité ( II )


 Il y a une légende urbaine, propagée par le Da Vinci Code, qui voudrait que le mot sincérité vienne du latin sine cera, "sans cire" littéralement. C'est une étymologie contestée.

Pourtant le célèbre Littré y fait référence : 

"Lat. sincerus, de sine, sans, et cera, cire, d'après les étymologistes latins", avant d'exprimer son scepticisme cependant.

Pour nos besoins c'est pourtant cette étymologie que nous retiendrons. Elle fait référence aux sculpteurs et marbriers de l'antiquité romaine qui masquaient les fissures ou les imperfections d'une pièce de marbre en la recouvrant d'une couche de cire avant de la vendre. Quoi de plus tentant que de faire le rapprochement avec les filtres numériques. Naguère réservés aux professionnels de la photo et aux couvertures papier glacé des magazines féminin, à la portée de tous et comme inéluctables sous forme de filtres instagram en mode selfie. Autant de filtres qui s'intercalent entre le monde et ses représentations, entre les autres et soi, entre soi et soi.

Alors que personne n'est dupe, cela me rappelle l'autoportrait d'Emmanuel Macron fraichement élu, publié sur son compte instagram. On y voit le visage du Président au premier plan, déformé par la proximité de l'objectif, et des dizaines de personnes issues du staff de campagne au second plan. Commentaire d'un jeune internaute : "t'es pas beau comme ça, mets un filtre !".

Quand la sincérité te joue des tours ... 






mercredi 21 juin 2017

Zazen et respiration


Une discussion avec une connaissance qui pratique le zazen, discussion au cours de laquelle la personne m'annonçait avoir enfin compris le secret de la technique respiratoire associée, m'amène à préciser certains aspects.

La personne en question, donc, est convaincue que l'effort qui doit porter sur l'expiration, doit amener son ventre à se gonfler. Au contraire, selon elle, c'est à l'inspiration que le ventre se contracte. Cette respiration, qui lui demande un effort qui la fatigue, de son propre aveu, lui semble être le secret à côté duquel elle est croit être passée des années durant.

Il faut dire qu'il est bien difficile de savoir ce que pratiquent un adepte de la méditation, à moins qu'il ne pose des questions précises à l'instructeur, ou qu'il ne témoigne spontanément de sa pratique.

Ici la personne reconnaît elle-même que c'est un effort qui la fatigue. Et pour cause ... Cette manière de respirer est totalement non physiologique. En un mot elle serait pathologique si elle était involontaire.

Il y a en pratique, dans le genre des humains que nous sommes, deux modes respiratoires :

-La respiration diaphragmatique : faite avec le haut du thorax. C'est une respiration de survie. Très répandue. En fait le psychanalyste Wilhelm Reich a découvert qu'elle est liée à ce qu'il appelait la cuirasse musculaire (ou armure caractérielle ce sont deux appellations pour une même réalité ).

-La respiration abdominale : c'est la respiration physiologique, naturelle, lorsqu'elle n'est pas entravée, contrariée, par la cuirasse musculaire justement. Comment se présente-t-elle ? Facile, il suffit d'observer un nouveau-né ou un jeune enfant. Son abdomen est relâché, sans tension. Le ventre se gonfle à l'inspiration, l'expiration est profonde et le ventre se contracte. A la fin de l'expiration le ventre se relâche. C'est la conséquence du mouvement du diaphragme, qui joue pleinement son rôle de piston. 

Rien de tel qu'une animation pour mieux le visualiser :





En posture de méditation, en général, le débutant peut sentir des résistances à l'établissement de cette respiration abdominale. Alors que le diaphragme fait la séparation entre le thorax et l'abdomen, il se peut que l'expiration soit coupée par une sorte de hoquet ou de spasme, avant qu'elle se poursuive. Ce blocage se produit au niveau du plexus solaire. C'est un nœud de tensions physiques et émotionnelles important. 

Dans la cuirasse de Reich, ce fameux plexus solaire est un des 7 anneaux de restriction. Ces anneaux sont les noeuds possibles, les blocages qui empêchent la libre circulation de l'onde énergétique qui parcourt le corps humain et que Reich met en évidence par le processus respiratoire. Cette onde, il l'appelle le réflexe orgastique.

Écoutons-le :


"Le moyen le plus important d’établir le réflexe orgastique est une technique respiratoire, qui se développa à peu près spontanément au cours de mon travail. Il n’est pas un seul névrosé qui soit capable d’expirer en un souffle unique, profondément et également."


(La fonction de l'orgasme, Dr W REICH, 1942 )

La névrose, pour Reich, est névrose de caractère, et il la lit non au niveau du langage comme tout psychanalyste freudien, mais au niveau du corps, de la cuirasse musculaire, justifiant ici l'emploi de la désignation "armure caractérielle".

Il est à noter aussi, ce qui est rarement entrevu semble-t-il, qu'il y a une correspondance réciproque entre le système énergétique de Reich et la physiologie subtile des yogas, entre les 7 anneaux et les 7 chakras ( qui, comme l'affirment les systèmes de yoga, doivent être ouverts pour permettre la libre circulation de l'énergie dans les canaux ).







Pour que cette respiration puisse s'établir en posture, il faut qu'un certain nombre de nœuds se dénouent. Le corps apparaît ainsi comme articulé. Les mâchoires sont souples, et non pas serrées.

L'usage de la respiration abdominale dans le Zen, et le travail sur le hara, sont loin d'être une règle systématique. La plupart des écoles ne le développe pas semble-t-il. Dans le Zen Coréen tel que j'ai pu le pratiquer par exemple il n'en était pas fait mention.

A noter ( avec ironie ) cette réflexion de Reich :

"Donc, l’inhibition névrotique de la respiration est une partie centrale du mécanisme névrotique en général, et cela de deux manières. Elle bloque l’activité végétative normale de l’organisme, et crée ainsi la source d’énergie pour toutes sortes de symptômes et de fantaisies névrotiques. Parler est un des moyens utilisés le plus fréquemment en vue de supprimer les excitations végétatives. Ceci rend compte du bavardage « compulsif » de la « logorrhée névrotique ». En pareil cas, je fais cesser le bavardage du patient jusqu’à ce qu’il manifeste des signes d’inquiétude."  


En zazen pas de problème, c'est la voie du silence ...







samedi 17 juin 2017

Zazen

Rien de spécial dit-on souvent.

Epiphanie


1 Rois 19:11-14 ( trad . Louis Segond )

11 YHVH dit: Sors, et tiens-toi dans la montagne devant YHVH! Et voici, YHVH passa. Et devant YHVH, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers: YHVH n'était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre: YHVH n'était pas dans le tremblement de terre.
12 Et après le tremblement de terre, un feu: YHVH n'était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger.
13 Quand Élie l'entendit, il s'enveloppa le visage de son manteau, il sortit et se tint à l'entrée de la caverne.







lundi 12 juin 2017

Au commencement

Dans le Chan on pointe vers ce qui précède les pensées, qui n'est pas un objet, no-thing en anglais, vacuité. C'est ce que le maître Zen Coréen Seung Sahn Soen Sa appelait primary point
Mais ce n'est rien, no-thing, ce n 'est pas non plus un néant stérile, et construire un nihilisme là dessus serait la pire des choses à faire. Nombreux, pourtant, sont ceux qui tombent dans le piège, les milieux "bouddhistes" en regorgent ...

Ce primary point doit être reconnu par l'expérience.

Dans le récit biblique du premier livre de la Génèse, le premier mot est Béréchit, "Au commencement", c'est là que le monde est créé. mais avant le monde il y Aïn, le néant. Et Aïn Sof, l'infini. Et apparaissent les mots. Pour former Béréchit, il faut la lettre B, le Beth . Lui même est composé de deux Aleph, la première lettre le A. Mais pour former le A, la lettre vraiment racine, c'est le Yod, le fameux iota du grec, qu'il nous faut comme dans la parole de Jésus dans l'Evangile : 


"Pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera" ( Matthieu 5; 18 )

Le Yod jaillit de l'Aïn Sof, la vacuité féconde, potentialité infinie, et les lettres déroulent un commencement, la genèse d'un monde, des univers.


C'est ainsi que la Kabbale, pratique mystique de la Bible, lit le mythe fondateur.

C'est ce primary point que désigne le Chan. Par l'expérience, et non la spéculation.


Michel Ange, la création d'Adam, 1508-1512

mardi 23 août 2016

La religion c'est la vie

Le maître zen Kodo Sawaki disait que "tous les sutras bouddhistes ne sont que des commentaires sur zazen." C'était en effet son approche personnelle, son style d'enseignement que d'approcher les textes dans cet esprit.


Kodo Sawaki ( 1880-1965 )



Dans une traduction parue récemment ( Kodo Sawaki, Un zen vagabond, Ed du Relié ), Shohaku Okumura voit dans une pratique et une interprétation moderne l'occasion de se relier à la physique moderne, à la psychologie, l'écologie ou l'activisme. Et ainsi décréter une nouvelle période d'écriture de sutras pour notre temps. 



Shohaku Okumura ( 1948- )

Un vaste et beau chantier, pour plusieurs générations, comme les Cathédrales du passé  ...

vendredi 6 mai 2016

La Maya



D'une façon traditionnelle, l' Orient indien a décrit la puissance d'illusion qui voile le réel aux yeux des hommes sous le nom de maya. De ce point de vue repris par le Bouddha Shakyamuni, maya décrit l'illusion non comme la nature ontologique du monde, du réel, mais comme un processus cognitif. C'est bien au niveau cognitif que se situe la production des illusions sur la réalité, et l'éveil qu'est censé incarner le Bouddha est en réalité éveil de nos illusions.

La figure solitaire du Bouddha, devenue figure archétypale du yogi parvenu au nirvana, masque cependant la dimension également collective de la maya, qui sera désignée alors plutôt sous le nom de samsara. Mais ici aussi il convient de ne pas connaître la même erreur : nirvana et samsara parlent de la dimension cognitive de notre esprit, et non de mondes métaphysiques ou ontologiquement fondés.

Que dire alors de cette maya collective, ou "maya paradigmatique" ( Antoine Marcel ) aux prises de laquelle tout un chacun peut se découvrir dans ses moments de lucidité ? Le succès croissant de termes décrivant le "Système", quand ce n'est pas la "matrice" en référence au film du même nom ne décrit-il pas un sentiment d'aliénation intérieure renvoyant à une réalité collective dont on ne perçoit ni le centre de décision ( la "tête" en quelque sorte ) ni les contours ? 

Plutôt que répondre de façon catégorique intéressons-nous à une figure méconnue du grand public et ô combien éclairante à ce sujet cependant.



Edward Bernays et la Propagande


Edward Bernays est né à Vienne en 1891. Neveu du célèbre découvreur de la psychanalyse, Sigmund Freud, il est mort dans le Massachusetts en 1995, à l'âge plus que vénérable de 103 ans.

Celui qui se revendiquait de Freud à double titre, autant comme neveu que comme introducteur des nouveaux savoirs sur le subconscient dans les pratiques sociales ( ingénierie sociale ), a publié  un ouvrage en 1928 sous le titre de Propaganda. Il ne pouvait mieux résumer son programme que par ce titre, et cherchera à réhabiliter ce terme en expliquant qu'il désignait au départ une Congrégation de la Propagande ( Congragatio de Propaganda Fide ) instituée en 1627 par le pape Urbain VIII, plus simplement appelée la Propagande. Las, l'ambition de Bernays d'afficher au grand jour la nature réelle de cette pratique en l'appelant de son vrai nom ne se perpétuera pas. Il faut dire que la révélation quelques années après de l'application des outils de Bernays par Goebbels au profit de l'Allemagne hitlérienne ( les ouvrages de l'Américain figuraient en bonne place dans la bibliothèque du ministre de la propagande et de l'information ) n'y aidera pas, et conduira même Jean-Paul II à retirer le terme du nom de la Congrégation.

Peu importe d'ailleurs la querelle sur les termes, laissons plutôt la parole à Bernays :


"La minorité [ en démocratie ] a découvert qu'elle pouvait influencer la majorité dans le sens de ses intérêts. Il est désormais possible de modeler l'opinion des masses pour les convaincre d'engager leur force nouvellement acquise dans le direction voulue. "

"La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays."

C'est un peu vague, un peu trop général ?  Précisons un peu les domaines d'application :

"De nos jours la propagande intervient nécessairement dans tout ce qui a un peu d'importance sur le plan social, que ce soit dans le domaine de la politique ou de la finance, de l'industrie, de l'agriculture, de l'action caritative ou de l'enseignement. La propagande est l'organe exécutif du gouvernement invisible."

Paranoïa ? Ici nous avons affaire à un acteur de ce processus, un architecte de la propagande, dont la science est de pratiquer "l'ingénierie du consentement" pour reprendre ses propres termes.

"Nous sommes pour une large part gouvernés par des hommes dont nous ignorons tout, qui modèlent nos esprits, forgent nos goûts, nous soufflent nos idées."

"Oui, des dirigeants invisibles contrôlent les destinées de millions d'êtres humains. Généralement,on ne réalise pas à quel point les déclarations et les actions de ceux qui occupent le devant de la scène leur sont dictées par d'habiles personnages agissant en coulisse."


Il s'agit là d'ingénierie sociale :


"Les techniques servant à enrégimenter l'opinion ont été inventées puis développées au fur et à mesure que la civilisation gagnait en complexité et que la nécessité du gouvernement invisible devenait de plus en plus évidente."

"Elle [ la propagande ] considère l'individu non seulement comme une cellule de l’organisme social, mais aussi comme une cellule organisée au sein d'un dispositif social. Excitez un nerf à un endroit sensible, et vous déclencherez automatiquement la réaction d'un membre ou d'un organe précis."


Lucide, Bernays en trouve les traces, par exemple tiens, à la une du New York Times : sur huit titres nous dit-il, quatre relèvent de la propagande. Dont celui-ci : "Notre niveau de vie n'a jamais été aussi élevé, selon le rapport Hoover". En 1928, à la veille de la Grande Dépression qui a jeté des millions d'Américains à la rue et ruiné l'Allemagne, avec les conséquences que l'on sait, voilà qui ne manque pas de piquant, rétrospectivement parlant.


"Qui sont les hommes qui, sans que nous en ayons conscience, nous soufflent nos idées, nous disent qui admirer, et qui mépriser, ou ce qu'il faut penser de la propriété des services publics, des tarifs douaniers, du prix du caoutchouc, du plan Dawes, de l'immigration ? Qui nous indiquent comment aménager nos maisons et comment les meubler, quels menus doivent composer notre ordinaire et quel modèle de chemise il est de bon ton de porter ? Ou encore les sports que nous devrions pratiquer et les spectacles que nous devrions voir, les oeuvres de bienfaisance méritant d'être aidées, les tableaux dignes d'admiration, les argotismes à glisser dans la conversation, les blagues censées nous faire rire ? "


Mais qui donc compose ce qui est littéralement une oligarchie, dissimulée sous les traits de la démocratie ?


"Si l'on entreprenait de dresser la liste des hommes et des femmes qui, de par leur position, sont ce qu'il faut bien appeler des « faiseurs d'opinion », on se retrouverait vite devant la longue kyrielle des noms recensés dans le Who's Who."

Bien.


La plus grande ( et la plus durable ) réussite de Bernays se déroule l'année qui suit la publication de Propaganda, en 1928. La société américaine Tabacco Co aimerait augmenter ses ventes en poussant les femmes américaines à fumer, mais pour une femme, fumer en public est un tabou. Il faut donc faire tomber le tabou. Bernays consulte alors un psychanalyste, Abraham Brill, qui voit dans la cigarette un symbole phallique. Il faudrait donc faire sentir aux femmes que fumer c'est s'approprier le phallus, et par là-même renverser l'ordre établi, encore largement patriarcal. Il s'agira donc en fumant d'accomplir un acte politique, en l'occurence féministe ... 
Lors de la parade de New York en 1929, un groupe de suffragettes cache des cigarettes sous les vêtements. Au signal convenu par Bernays elles les sortent et les allument sous les flashs des photographes de presse habilement convoqués à cette occasion. Dans les jours qui suivent, les jeunes femmes font passer le message : ces cigarettes sont les "flambeaux de la liberté". Le discours féministe masque une opération de pure propagande, menée en sous-main par l'industrie du tabac. La manipulation est double, mais les femmes rentrent sur le marché de la cigarette, Hollywood pourra s'approprier le stéréotype et l'exporter au-delà des Etats-Unis. Une fois l'addiction au tabac ( et au geste ... ) mise en place, la nouvelle clientèle est acquise. Au nom de la liberté et de l'émancipation, en fait l'aliénation de l'individu. 








Lucky Strike, Avril 1935



N'est-ce pas au prix de cette fuite en avant que l'on soutient les emplois, comme l'explique avec transparence Bernays en prenant l'exemple de l'industrie du velours, matière que les femmes ne voulaient plus porter et qu'elles arboreront fièrement quelques mois plus tard suite à l'intervention des propagandistes ?

On pourra, au passage, instruits par l'opération « flambeaux de la liberté », s'amuser à appliquer la méthode aux Femen. Mais pour cela, il faudrait trouver les sources de financement, entre politique ukrainienne et capitaux internationaux...


Nous ne vivons pas en dictature. Les régimes libéraux, démocratiques en droit, se révèlent pourtant être des oligarchies de fait.
Dans une oligarchie, le consentement se fabrique, et pour fonctionner l'ingénierie sociale doit être, on l'a vu, imperceptible. C'est à ce prix que la démocratie libérale peut continuer à tenir, paradoxalement, un discours sociétal mettant en avant les valeurs d'émancipation individuelle. De ce point de vue, la pseudo "révolte individuelle et collective" par le "clic" sur un certain réseau dit social ( qui n'est jamais qu'une vaste superstructure publicitaire servant de cheval de Troie à un véritable marquage au fer numérique des individus ) a de beaux jours devant elle ...


La véritable émancipation 


Mais fondamentalement, qu'est-ce qui nous pousse à consentir ? 

La propagande commerciale joue sur notre sentiment d'incomplétude, l'insatisfaction, le besoin de distraction, le besoin d'être augmenté ( en attractivité, employabilité, espérance de vie … ). Mais la propagande détourne aussi les discours sociétaux et politique en les vidant de tout contenu, et notre adhésion maintient l'oligarchie en place, qui est un système à la fois financier et idéologique ( mais vidé de toute substance politique réelle ) au profit d'une minorité, ce qui en constitue sa définition.
Système inégalé quant à sa capacité à venir à bout des pénuries ( contrairement aux défuntes oligarchies communistes ), il offre l'avantage d'offrir une prospérité et un bien-être sans précédent.

Pourtant il est possible d'en limiter la portée. 

Ecoutons une dernière fois Edward Bernays :

« Grâce à l'imprimerie et aux journaux, au chemin de fer, au téléphone, au télégraphe, à la radio, aux avions, les idées se propagent très vite, voire instantanément, à l'ensemble du territoire américain. »

Il va de soi que les nouvelles technologies de l'information issues de la Silicon Valley ( Google, Apple, Facebook, Twitter, Snapchat … ) décuplent ces possibilités à l'échelle planétaire, nous "tatouant" numériquement, traçables en permanence, et transformant toute information que nous recherchons ou publions en nouvelles informations monnayables sur le grand marché global. 

Alors, sans tomber dans un rejet systématique ni un suivisme aveugle, sachons déjà retrouver cet espace de liberté qui ne nous a jamais quitté. Coupons régulièrement ces liens, qui sont avant tout de nature cognitive. Ils n'ont rien de nouveau dans l'esprit, l'homme voit le réel a travers les filtres de la maya depuis si longtemps … Assis métaphoriquement sous l'arbre pippala comme Shakyamuni jadis, l'étoile du matin se lève éternellement à l'horizon ...