mercredi 21 juin 2017

Zazen et respiration


Une discussion avec une connaissance qui pratique le zazen, discussion au cours de laquelle la personne m'annonçait avoir enfin compris le secret de la technique respiratoire associée, m'amène à préciser certains aspects.

La personne en question, donc, est convaincue que l'effort qui doit porter sur l'expiration, doit amener son ventre à se gonfler. Au contraire, selon elle, c'est à l'inspiration que le ventre se contracte. Cette respiration, qui lui demande un effort qui la fatigue, de son propre aveu, lui semble être le secret à côté duquel elle est croit être passée des années durant.

Il faut dire qu'il est bien difficile de savoir ce que pratiquent un adepte de la méditation, à moins qu'il ne pose des questions précises à l'instructeur, ou qu'il ne témoigne spontanément de sa pratique.

Ici la personne reconnaît elle-même que c'est un effort qui la fatigue. Et pour cause ... Cette manière de respirer est totalement non physiologique. En un mot elle serait pathologique si elle était involontaire.

Il y a en pratique, dans le genre des humains que nous sommes, deux modes respiratoires :

-La respiration diaphragmatique : faite avec le haut du thorax. C'est une respiration de survie. Très répandue. En fait le psychanalyste Wilhelm Reich a découvert qu'elle est liée à ce qu'il appelait la cuirasse musculaire (ou armure caractérielle ce sont deux appellations pour une même réalité ).

-La respiration abdominale : c'est la respiration physiologique, naturelle, lorsqu'elle n'est pas entravée, contrariée, par la cuirasse musculaire justement. Comment se présente-t-elle ? Facile, il suffit d'observer un nouveau-né ou un jeune enfant. Son abdomen est relâché, sans tension. Le ventre se gonfle à l'inspiration, l'expiration est profonde et le ventre se contracte. A la fin de l'expiration le ventre se relâche. C'est la conséquence du mouvement du diaphragme, qui joue pleinement son rôle de piston. 

Rien de tel qu'une animation pour mieux le visualiser :





En posture de méditation, en général, le débutant peut sentir des résistances à l'établissement de cette respiration abdominale. Alors que le diaphragme fait la séparation entre le thorax et l'abdomen, il se peut que l'expiration soit coupée par une sorte de hoquet ou de spasme, avant qu'elle se poursuive. Ce blocage se produit au niveau du plexus solaire. C'est un nœud de tensions physiques et émotionnelles important. 

Dans la cuirasse de Reich, ce fameux plexus solaire est un des 7 anneaux de restriction. Ces anneaux sont les noeuds possibles, les blocages qui empêchent la libre circulation de l'onde énergétique qui parcourt le corps humain et que Reich met en évidence par le processus respiratoire. Cette onde, il l'appelle le réflexe orgastique.

Écoutons-le :


"Le moyen le plus important d’établir le réflexe orgastique est une technique respiratoire, qui se développa à peu près spontanément au cours de mon travail. Il n’est pas un seul névrosé qui soit capable d’expirer en un souffle unique, profondément et également."


(La fonction de l'orgasme, Dr W REICH, 1942 )

La névrose, pour Reich, est névrose de caractère, et il la lit non au niveau du langage comme tout psychanalyste freudien, mais au niveau du corps, de la cuirasse musculaire, justifiant ici l'emploi de la désignation "armure caractérielle".

Il est à noter aussi, ce qui est rarement entrevu semble-t-il, qu'il y a une correspondance réciproque entre le système énergétique de Reich et la physiologie subtile des yogas, entre les 7 anneaux et les 7 chakras ( qui, comme l'affirment les systèmes de yoga, doivent être ouverts pour permettre la libre circulation de l'énergie dans les canaux ).







Pour que cette respiration puisse s'établir en posture, il faut qu'un certain nombre de nœuds se dénouent. Le corps apparaît ainsi comme articulé. Les mâchoires sont souples, et non pas serrées.

L'usage de la respiration abdominale dans le Zen, et le travail sur le hara, sont loin d'être une règle systématique. La plupart des écoles ne le développe pas semble-t-il. Dans le Zen Coréen tel que j'ai pu le pratiquer par exemple il n'en était pas fait mention.

A noter ( avec ironie ) cette réflexion de Reich :

"Donc, l’inhibition névrotique de la respiration est une partie centrale du mécanisme névrotique en général, et cela de deux manières. Elle bloque l’activité végétative normale de l’organisme, et crée ainsi la source d’énergie pour toutes sortes de symptômes et de fantaisies névrotiques. Parler est un des moyens utilisés le plus fréquemment en vue de supprimer les excitations végétatives. Ceci rend compte du bavardage « compulsif » de la « logorrhée névrotique ». En pareil cas, je fais cesser le bavardage du patient jusqu’à ce qu’il manifeste des signes d’inquiétude."  


En zazen pas de problème, c'est la voie du silence ...







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