Le terme d' "écologie profonde" fait son apparition en 1973 dans un article du philosophe norvégien
Arne Naess, qui l'oppose à une écologie qu'il qualifie de
superficielle. Cette dernière place l'homme face à son
« environnement ». Une écologie de ce type vise à
lutter contre la pollution, prévenir l'épuisement des ressources
naturelles, préserver l' «environnement ».
La deep ecology nous est connue essentiellement par l'opus de Luc Ferry, paru en 1992, « le Nouvel Ordre Ecologique », ouvrage qui tente de mettre à jour le caractère antihumaniste du mouvement de la « deep ecology » américaine, et la rupture de contrat que cela pourrait représenter avec la déclaration des droits de l'homme et le projet démocratique, Et d'illustrer cela par les lois écologiques de l'Allemagne nazie, non par amalgame, mais pour souligner que des principes écologiques profonds ne seraient pas la garantie de valeurs progressistes.
Mais voilà. Si la critique est recevable dans le cadre d'une certaine écologie que l'on qualifiera alors d'écologie radicale, elle semble méconnaître la réelle « deep ecology » d'Arne Naess, l'écologie radicale étant parfois bien éloignée de la pensée subtile du Norvégien. Il faut dire aussi que ce dernier, né en 1912, et décédé en 2009, n'a été traduit en français qu'en 2008 et 2013. Autant dire que l'on est au tout début de la découverte de sa pensée par un public intéressé, et c'est l'occasion de redresser quelques contre sens.
La deep ecology nous est connue essentiellement par l'opus de Luc Ferry, paru en 1992, « le Nouvel Ordre Ecologique », ouvrage qui tente de mettre à jour le caractère antihumaniste du mouvement de la « deep ecology » américaine, et la rupture de contrat que cela pourrait représenter avec la déclaration des droits de l'homme et le projet démocratique, Et d'illustrer cela par les lois écologiques de l'Allemagne nazie, non par amalgame, mais pour souligner que des principes écologiques profonds ne seraient pas la garantie de valeurs progressistes.
Mais voilà. Si la critique est recevable dans le cadre d'une certaine écologie que l'on qualifiera alors d'écologie radicale, elle semble méconnaître la réelle « deep ecology » d'Arne Naess, l'écologie radicale étant parfois bien éloignée de la pensée subtile du Norvégien. Il faut dire aussi que ce dernier, né en 1912, et décédé en 2009, n'a été traduit en français qu'en 2008 et 2013. Autant dire que l'on est au tout début de la découverte de sa pensée par un public intéressé, et c'est l'occasion de redresser quelques contre sens.
Philosophe passé par la Sorbonne et
Berkeley, ancien résistant, il enseigne à l'Université d'Oslo
jusqu'en 1969, date de sa démission, pour « VIVRE », dira-t-il.
Pour Naess c'est la façon dont on perçoit la nature qui conduit à une crise, La réflexion du philosophe devient conversion du regard, sagesse pratique, écosophie.
C'est à travers l'ouvrage « Ecologie, communauté et styles de vie » qu'il synthétise l'ensemble de sa pensée sur l'écologie profonde.
Les principes de base :
A une vision de l'homme au sein de l'environnement l'écologie profonde substitue une vision relationnelle . L'homme s'insère dans un champ global de relations dont tous les termes sont interdépendants.
Naess pose également le principe de l' égalitarisme biosphérique : toutes les formes de vie ont une valeur intrinsèque, c'est à dire indépendante de l'utilité qu'elles peuvent avoir pour les humains.
C'est le sentiment que l'on peut ressentir devant un paysage grandiose, à la vue d'un lac de montagne ou lors d'une marche solitaire en forêt qui nous informe réellement de la valeur intrinsèque de la nature. C'est par cette capacité d'identification que l'écologie profonde démarre : « Plus un être s'identifie aux autres et prend soin d'eux, et plus s'affaiblit son egocentricité ». Cette identification « toujours plus étendue », c'est à dire en direction des autres vivants de l'univers, animaux et végétaux au delà de l'homme, et même êtres inanimés, « est intimement liée à une réalisation de Soi croissante ». C'est cette réalisation de Soi, fondée sur une capacité d'identification censée déboucher ultimement sur une véritable symbiose qui définit l'écosophie et qui est en fait une sagesse.
Mais cette sagesse est avant tout une praxis, et non un idéalisme. L'égalitarisme biosphérique est dit « de principe », car il est impossible que la vie humaine prospère sans « dans une certaine mesure le meurtre, l'exploitation et la suppression ». Le Norvégien constate que l'homme a de tout temps transformé la Terre, et continuera de le faire. Il ne s'agit pas pour lui de sous-estimer la singularité de l'espèce humaine ( la technologie en particulier est caractéristique du genre humain ), mais de se poser la question de la limite. On ne se situe plus dans la perspective cartésienne d'un homme « possesseur et maître » de la nature, mais plutôt dans celle de la responsabilité humaine, le « care » des autres espèces.
L'écosophie T :
La démarche de Naess vise à donner à chacun les moyens de faire face aux problèmes environnementaux « sur la base de sa propre vision globale ». Il revient à chacun de se forger sa propre écosophie, dont la norme fondamentale, première, est la « réalisation de Soi », un soi élargi avons-nous vu, qui correspond à une sortie de la vision égocentrique du monde, donc de l'anthropocentrisme cartésien, que Naess qualifie d'anthropocentisme « borné ».
Naess désignera ainsi sa propre vision et sa propre pratique sous le vocable d'écosophie T, T pour Tvergastein, le nom d'un refuge de montagne dans lequel il passa de longues périodes de retraite studieuse. Une vision toute imprégnée du panthéisme de Spinoza, mais aussi influencée par une vision taoïste du monde, par le bouddhisme ( il fut invité par Gary Snyder pour une session consacrée à la deep ecology au Centre Zen de Los Angeles, à laquelle participait le maître Zen Robert Aïtken ).
Une écosophie placée sous le signe de la non-violence, imprégnée de l'exemple de Gandhi auquel le philosophe norvégien se réfère souvent, comparant sans doute la frugalité volontaire de l'activiste indien à sa propre simplicité lors de ses séjours à Tvergastein.
Mais d'autres visions sont possibles, d'autres références aussi. Naess parcourt la Bible à la recherche de signes pouvant suggérer une valeur intrinsèque à la nature, en découvre dans la Genèse, les Psaumes ou les Epitres de Paul, et il qualifie une telle écologie d'écosophie S, une écosophie d'inspiration chrétienne acceptable à ses yeux.
Il insiste sur le fait qu'une écosophie est une « structure vivante », jamais achevée, jamais figée, impossible à formuler une fois pour toutes. C'est la façon dont on perçoit la nature qui nous a conduit à une crise, et c'est une nouvelle vision qui définira un style de vie personnel, et non plus fondé exclusivement sur des standards extérieurs : l'accent est alors mis sur la qualité de vie, et non le niveau de vie : « le style de vie écosophique sait apprécier à sa juste valeur l'opulence, la richesse, le luxe et l'abondance. Mais ces joies sont définies en termes de qualité de vie et non de niveau de vie. »
C'est ici qu'intervient la dimension politique du projet écosophique . La technique, pour Naess, ne met pas fin à la nature. Mais il est illusoire de croire en la neutralité de l'innovation technologique. Il convient plutôt de se poser la question de savoir si elle sert à faire progresser les normes fondamentales de chaque culture, plus ou moins dérivées dans la vision écocosophique du besoin de « réalisation de Soi ». La crise environnementale aura alors été l'occasion de « susciter une nouvelle renaissance », une nouvelle manière de combiner un « haut niveau de progrès technologique » (technologies que Naess qualifie de technologies soft ), avec une expérience élargie de la vie.
Car il s'agit pour l'homme de « marcher sur Terre d'un pas léger », soucieux des autres formes de vie tout autant que de ses propres besoins, le regard ouvert sur l'infini du monde, car Arne Naess postule que l'aventure de la vie et de la conscience ne s'arrête pas à la Terre et à l'homme, mais qu'elle a pour mesure l'univers tout entier.
Pour Naess c'est la façon dont on perçoit la nature qui conduit à une crise, La réflexion du philosophe devient conversion du regard, sagesse pratique, écosophie.
C'est à travers l'ouvrage « Ecologie, communauté et styles de vie » qu'il synthétise l'ensemble de sa pensée sur l'écologie profonde.
Les principes de base :
A une vision de l'homme au sein de l'environnement l'écologie profonde substitue une vision relationnelle . L'homme s'insère dans un champ global de relations dont tous les termes sont interdépendants.
Naess pose également le principe de l' égalitarisme biosphérique : toutes les formes de vie ont une valeur intrinsèque, c'est à dire indépendante de l'utilité qu'elles peuvent avoir pour les humains.
C'est le sentiment que l'on peut ressentir devant un paysage grandiose, à la vue d'un lac de montagne ou lors d'une marche solitaire en forêt qui nous informe réellement de la valeur intrinsèque de la nature. C'est par cette capacité d'identification que l'écologie profonde démarre : « Plus un être s'identifie aux autres et prend soin d'eux, et plus s'affaiblit son egocentricité ». Cette identification « toujours plus étendue », c'est à dire en direction des autres vivants de l'univers, animaux et végétaux au delà de l'homme, et même êtres inanimés, « est intimement liée à une réalisation de Soi croissante ». C'est cette réalisation de Soi, fondée sur une capacité d'identification censée déboucher ultimement sur une véritable symbiose qui définit l'écosophie et qui est en fait une sagesse.
Mais cette sagesse est avant tout une praxis, et non un idéalisme. L'égalitarisme biosphérique est dit « de principe », car il est impossible que la vie humaine prospère sans « dans une certaine mesure le meurtre, l'exploitation et la suppression ». Le Norvégien constate que l'homme a de tout temps transformé la Terre, et continuera de le faire. Il ne s'agit pas pour lui de sous-estimer la singularité de l'espèce humaine ( la technologie en particulier est caractéristique du genre humain ), mais de se poser la question de la limite. On ne se situe plus dans la perspective cartésienne d'un homme « possesseur et maître » de la nature, mais plutôt dans celle de la responsabilité humaine, le « care » des autres espèces.
L'écosophie T :
La démarche de Naess vise à donner à chacun les moyens de faire face aux problèmes environnementaux « sur la base de sa propre vision globale ». Il revient à chacun de se forger sa propre écosophie, dont la norme fondamentale, première, est la « réalisation de Soi », un soi élargi avons-nous vu, qui correspond à une sortie de la vision égocentrique du monde, donc de l'anthropocentrisme cartésien, que Naess qualifie d'anthropocentisme « borné ».
Naess désignera ainsi sa propre vision et sa propre pratique sous le vocable d'écosophie T, T pour Tvergastein, le nom d'un refuge de montagne dans lequel il passa de longues périodes de retraite studieuse. Une vision toute imprégnée du panthéisme de Spinoza, mais aussi influencée par une vision taoïste du monde, par le bouddhisme ( il fut invité par Gary Snyder pour une session consacrée à la deep ecology au Centre Zen de Los Angeles, à laquelle participait le maître Zen Robert Aïtken ).
Une écosophie placée sous le signe de la non-violence, imprégnée de l'exemple de Gandhi auquel le philosophe norvégien se réfère souvent, comparant sans doute la frugalité volontaire de l'activiste indien à sa propre simplicité lors de ses séjours à Tvergastein.
Mais d'autres visions sont possibles, d'autres références aussi. Naess parcourt la Bible à la recherche de signes pouvant suggérer une valeur intrinsèque à la nature, en découvre dans la Genèse, les Psaumes ou les Epitres de Paul, et il qualifie une telle écologie d'écosophie S, une écosophie d'inspiration chrétienne acceptable à ses yeux.
Il insiste sur le fait qu'une écosophie est une « structure vivante », jamais achevée, jamais figée, impossible à formuler une fois pour toutes. C'est la façon dont on perçoit la nature qui nous a conduit à une crise, et c'est une nouvelle vision qui définira un style de vie personnel, et non plus fondé exclusivement sur des standards extérieurs : l'accent est alors mis sur la qualité de vie, et non le niveau de vie : « le style de vie écosophique sait apprécier à sa juste valeur l'opulence, la richesse, le luxe et l'abondance. Mais ces joies sont définies en termes de qualité de vie et non de niveau de vie. »
C'est ici qu'intervient la dimension politique du projet écosophique . La technique, pour Naess, ne met pas fin à la nature. Mais il est illusoire de croire en la neutralité de l'innovation technologique. Il convient plutôt de se poser la question de savoir si elle sert à faire progresser les normes fondamentales de chaque culture, plus ou moins dérivées dans la vision écocosophique du besoin de « réalisation de Soi ». La crise environnementale aura alors été l'occasion de « susciter une nouvelle renaissance », une nouvelle manière de combiner un « haut niveau de progrès technologique » (technologies que Naess qualifie de technologies soft ), avec une expérience élargie de la vie.
Car il s'agit pour l'homme de « marcher sur Terre d'un pas léger », soucieux des autres formes de vie tout autant que de ses propres besoins, le regard ouvert sur l'infini du monde, car Arne Naess postule que l'aventure de la vie et de la conscience ne s'arrête pas à la Terre et à l'homme, mais qu'elle a pour mesure l'univers tout entier.
